Ce grand tableau va bientôt retrouver sa place à quelques mètres près dans le transept droit de l’église de Jallais, après quelques mois de restauration.
Cette œuvre est bien connue des Jallaisiens et des paroissiens du secteur. Les années ont ternies l’éclat de ses couleurs et les oiseaux avaient laissé quelques traces… L’association d’histoire locale et également Annie Chupin ont entrepris alors des démarches auprès du propriétaire, Beaupreau-en-Mauges. Grâce à divers contributeurs, des travaux de conservation viennent d’être achevés, redonnant ainsi un bel éclat à cette oeuvre classée.

Le tableau est en effet digne d’intérêt par son âge puisque sa réalisation remonte au cours du XVIIème siècle (plus de 300 ans probablement !). La scène représentée est également remarquable, elle témoigne d’une époque, et surtout elle est inspirée des oeuvres du célèbre peintre Rubens.
Mme Kiriaki Tsemeloglou la restauratrice présentait ses travaux lundi 22 juin à 18 h 30. Elle a pu apporter à l’auditoire quelques réponses sur la technique utilisée dans son travail, et sur l’œuvre elle-même. Le peintre, inconnu puisque la toile n’est pas signée, s’est inspiré du maître en laissant libre cours à sa créativité. On retrouve des éléments identiques à l’œuvre de Rubens, mais curieusement d’autres sont inversés ou absents, ou encore d’autres sont ajoutés comme cette colombe…

Dans son travail, la restauratrice a cité aussi le retrait des vernis appliqués au fil du temps, qui avaient jaunis et assombris la scène peinte. Puis pour assurer une bonne conservation elle en a appliqué un nouveau, spécifique pour ne pas altérer l’œuvre ; un vaporisateur a été utilisé, formant ainsi une couche de surface très légère. Les anciens vernis une fois retirés permettent ainsi de redonner des couleurs à l’ensemble et une fraîcheur oubliée depuis longtemps. Le cadre tendant la toile a aussi été changé.

Mais aux dires de Mme Tsemeloglou ou des historiens locaux, de nombreuses questions restent à ce jour en suspens :
L’auteur du tableau d’abord, qui est-il, puisqu’il n’a ni signé ni daté précisément son œuvre ?
Le tableau est antérieur à l’édification de l’église actuelle vers 1860, donc où pouvait-il être placé auparavant ? En effet selon la restauratrice, et après une analyse pointue, il aurait été réalisé vers les années 1650 à 1700 soit presque 200 ans plus tôt… Etait-il dans l’ancienne église paroissiale, dans une maison noble ? Etait-ce une commande spécifique, à qui, pour qui ? A ce jour il n’a pas été retrouvé de traces de l’arrivée de ce tableau à Jallais dans les archives consultées.

La scène représentée : elle nous parle d’une époque. Le tableau Jallaisien, comme les œuvres de Rubens qui l’ont inspiré, est l’allégorie d’une église triomphante du paganisme. Mais quels sont les principaux personnages qui figurent sur cet ensemble, quelles significations données à tous ces détails qui ne sont pas là par hasard… ? Quelques tentatives d’explications par Annie Chupin :
« Comme Rubens, l’auteur du tableau de Jallais a repris les « codes » des triomphes antiques : labarum, couronne au-dessus de la tête, prisonniers derrière le char. Il représente l’Eglise avec des attributs papaux, en route vers la Victoire finale, guidant l’ignorance (avec des oreilles d’âne) et l’aveuglement (aux yeux bandés) vers la lumière. L’Hérésie est broyée sous les roues du char. . Le sujet initialement prévu comme triomphe de l’eucharistie se transforme ici en triomphe de la Foi puisque l’hostie est remplacée par une croix.
En bas du tableau il y a toujours le globe ceint d’un serpent symbolisant la victoire de l’Eglise sur le monde. Il a été rajouté la colombe eucharistique et quatre angelots (putti) dans le ciel. D’après la restauratrice ces éléments prouvent qu’il ne s’agit pas d’une simple « copie » d’un disciple de Rubens, mais d’une réelle interprêtation ce qui lui donne toute son originalité et une vraie valeur ».

Les historiens locaux ont là de belles heures à passer pour tenter d’apporter des réponses aux interrogations restantes !
En tous cas, quand vous passerez dans l’église, ne manquez pas d’y regarder de plus près vous aussi !
